Homélie du Mgr Hlib LONCHYNA lors de la Divine Liturgie pour les victimes du Holodomor à Notre Dame de Paris

« Insensé! … ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il? »

(Lc 12,20)

On parle beaucoup aujourd’hui des fausses nouvelles, « fake news ». Nous ne voulons pas être mal informés. Quand nous demandons une direction dans la rue, nous espérons recevoir une indication correcte, pour ne pas aller dans un mauvais sens. Nous apprécions la sincérité des gens ; au contraire, le mensonge et la fausseté ne nous plaisent absolument pas.

Comme dans la vie quotidienne, cela est vrai aussi dans la vie spirituelle : il faut toujours chercher la vérité, et vivre dans la vérité. Comme nous évitons les fausses nouvelles dans la vie, ainsi nous devons les éviter dans la vie spirituelle. Alors, regardons les fausses nouvelles, d’où elles proviennent, en outre, où trouvons-nous les vraies nouvelles, et enfin, comment faut-il nous nous protéger de la fausseté et de la tromperie ?

Les idées fausses apparaissent, quand nous élevons quoi que ce soit au niveau de Dieu ; par exemple, les richesses, la gloire, la popularité, le plaisir – toute chose à laquelle on donne la priorité absolue. Qui amasse des richesses pour soi-même, les utilise uniquement pour son profit et ne prend pas en compte les besoins des autres, il suit ses idoles. Pourquoi ? Parce qu’il n’utilise pas les biens pour leur but – qui est de les partager avec les autres. Il pense que ses plaisirs combleront sa vie. Mais cela n’arrive pas parce qu’en obtenant une satisfaction, on en désire une autre, et ensuite encore d’autres, et on n’est jamais satisfait. Jésus appelle cette personne « insensée », parce qu’elle poursuit le vent mais elle ne peut pas le saisir.

D’autre part, l’information vraie, la « bonne nouvelle » du Christ nous révèle où se trouve la valeur authentique de la vie : dans la recherche de Dieu, en reconnaissant qu’il est le Créateur, en étant obéissant à sa parole, en l’adorant, en l’aimant. Seul le Seigneur peut remplir le cœur de l’homme, lui donner satisfaction et bonheur. Qui cherche seulement le plaisir ressemble à un esclave à qui le maitre veut donner la liberté, le bonheur, mais qui dit : non, je préfère les jeux vidéos ou le déjeuner au restaurant…

Comment se prémunir contre la tromperie et les fausses valeurs? Nous devons apprendre à utiliser deux mots: OUI et NON. Nous ne devons pas toujours dire « oui » à tout ce que nous souhaitons, que nous aimons. La nourriture est une bonne chose, essentielle à la vie. Mais on ne doit pas manger toute la journée ! Et on ne peut pas manger seulement ce qu’on aime ! Le sommeil est nécessaire pour une vie saine. Mais il ne faut pas dormir toute la journée ! Il y a un temps pour dire « oui » – à ceci ou à cela, mais nous devons également être en mesure de dire « non » quand quelque chose n’est pas utile au bien commun, quand cette chose est nocive pour les humains, les animaux ou l’environnement.

Et dans la vie spirituelle nos paroles devraient être « oui ? oui ! non ? non ! » : « oui ! » quand quelque chose est conforme à la parole de Dieu,  « non ! » , si cette chose n’y est pas conforme. Méditer sur les décisions de notre vie, les comparer à la révélation de Dieu, nous aide à ne pas suivre de faux dieux, mais à apprendre la vérité sur Dieu, sur nous-mêmes, sur le monde.

Aujourd’hui, nous commémorons dans la prière les victimes du Holodomor de 1932-1933 ; prions aussi pour les victimes du famine actuellement à Yemen. Pendant trop longtemps, cette tragédie en Ukraine a été présentée comme une fausse histoire. Différentes forces ont nié l’authenticité de ce drame de beaucoup d’âmes, qui a conduit à la disparition de vies humaines, à des générations interrompues. Avec notre mémoire, notre prière, nous restituons la vérité historique. Nous rendons hommage aux millions de victimes, nos sœurs et frères dont les descendants pourraient être avec nous aujourd’hui – mais ils n’ont pas eu la possibilité à se réjouir du don de la vie. Mais à nous, elle a été donnée. Par conséquent, nous avons la responsabilité devant Dieu et envers les hommes de chérir le don de la vie de la conception à la mort naturelle, de vivre avec dignité, dans la vérité, de transmettre les valeurs spirituelles et morales à nos enfants et de protéger le droit à la vie de tout être humain. Ainsi, nous rendons hommage aux victimes du Holodomor au 85ème anniversaire de leur mort tragique.

 

Notre-Dame de Paris, le 25 novembre 2018

+ Hlib Lonchyna

Éparque de la Sainte Famille de Londres