Mgr Borys Gudziak : Lettre au clergé et aux fidèles

Chers pères, sœurs et frères dans le Christ !

Être appelé – est une joie. Être appelé – est un privilège. Lorsque la vocation est véritable et que nous l’acceptons comme il convient, nous percevons un sentiment de liberté authentique. En acceptant la volonté de Dieu, nous sommes libérés de nos faiblesses, et de nos passions souvent aveuglantes. Accepter l’appel de Dieu – est un moment de libération, la connaissance de la vérité de Dieu sur soi-même et sur le monde. Quand tu te donnes, ta confiance en Dieu et envers ton prochain grandissent. Ceci est une aventure. Parce que ce n’est déjà plus toi qui détermines ce qui va arriver, plus toi qui insistes avec tes projets, tes rêves ou tes ambitions, mais ils t’appellent. Et tu dis: “Me voici, Seigneur.” Et tu le suis.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres ». Il y a vingt ans, alors que j’étais en chemin vers la prêtrise, ces paroles du Christ, rapportées par l’évangéliste Jean, m’ont particulièrement interpellé.

Je n’ai pas choisi de servir à Paris, mais l’Église m’a appelé à l’épiscopat ici-même. Ce n’est un secret pour personne que j’ai eu du mal à quitter la communauté de l’Université catholique ukrainienne de Lviv, où j’ai vécu pendant 20 ans, que j’ai formée et dirigée et que j’ai sincèrement aimée, une communauté qui m’a aimé.

Cependant, je suis convaincu que lorsque Dieu appelle à quelque chose de nouveau, II ne raye pas l’expérience vécue avec authenticité. Il n’efface pas le véritable amour. Cet amour vit et gagne de nouvelles formes.

Lors de mon service à Paris, j’ai vécu une expérience sacramentelle et ai vécu une “profonde communion avec les prêtres et les laïcs ” de cœur à cœur “. Chaque réunion, chaque prière et chaque repas pris en commun m’ont convaincu de plus en plus que j’étais où je devais être. Cinq pays du diocèse – trois royaumes, deux républiques – avec six langues officielles pour lesquelles il était nécessaire de voyager sans cesse, sont devenus une seule et même grande maison. Il y a beaucoup de joie et d’amour; ici, nous pouvons servir; ici, les Ukrainiens ne témoignent pas qu’auprès des Ukrainiens; ici, nous recevons avec hospitalité les Français, les Suisses, les Belges, les Luxembourgeois et les Néerlandais. Ici, nous sommes nous-mêmes.

Notre communauté a grandi. Et j’ai grandi spirituellement avec elle. Ici, c’est ici, dans l’éparchie de Paris, que mon salut a eu lieu.

Le chemin du salut continue. Avec beaucoup de foi, d’espoir et d’amour, je suis la volonté du pape François, de sa Béatitude Sviatoslav et du Synode, et j’accepte la vocation de servir dans l’Archiéparchie de Philadelphie.

En Amérique, je suis né, j’ai nagé dans les eaux du baptême, là j’ai appris à connaître Dieu et à aimer mes semblables. Mes parents sont enterrés là-bas, mon frère, ma marraine et ma famille y vivent. C’est un pays de près de cent cinquante ans de présence ukrainienne, où l’Église gréco-catholique est pleinement intégrée à la vie de la société et à l’Église catholique, où il existe une relation merveilleuse avec les orthodoxes. Aujourd’hui, ils rencontrent de grands défis. Je suis prêt à les partager avec mes frères en épiscopat, les prêtres, les moines et les moniales, les laïcs et toutes les personnes de bonne volonté.

Mon amour pour l’éparchie de Paris ne va pas disparaître. Comme l’amour de la communauté universitaire d’UCU n’a pas disparu.

Notre pèlerinage commun continue.

En toute confiance, je transmets la gestion du diocèse de Paris à l’administrateur apostolique de Monseigneur Hlib Lonchyna, Éparque de Londres. C’est un pasteur de prière et de paix qui connaît les nôtres et les nôtres le connaissent. Il est difficile de compter combien de fois il a traversé la Manche pour être avec nous dans les moments les plus glorieux et les plus difficiles, pour enseigner, conseiller et prier avec nous.

Dans l’éparchie parisienne et au service de l’Europe occidentale, j’ai beaucoup appris. Avec l’expérience acquise par le clergé, les laïcs, les dirigeants publics, les entrepreneurs, je m’engage dans un nouveau pèlerinage. Merci pour chaque moment que nous avons vécu ensemble. Merci aux évêques de France, de Belgique, des Pays-Bas et de la Suisse pour leur ouverture et leur soutien, à toutes les bonnes volontés et aux partenaires qui ont aidé notre éparchie à se tenir debout. J’espère qu’ils resteront longtemps amis du diocèse.

Je vais maintenant étudier à l’Archiéparchie de Philadelphie. Je veux diriger en écoutant.

Je rêve et prie pour que la synodalité et la cohabitation soient notre marque et notre méthodologie et que la communion soit notre spiritualité. Laissez l’humilité devant les grands plans de Dieu, qui nous permet de recevoir plus pleinement sa grâce et son amour, nous conduire tous.

Merci mon Dieu pour tout.

Borys Gudziak

Vincennes, le 18 février 2019