Dans la douleur et la souffrance, une personne a besoin de ressentir la chaleur humaine de quelqu’un qui se trouve à proximité ! – Sa Béatitude Sviatoslav – 10 novembre 2022

Secrétariat du Primat de l’EGCU (Église gréco-catholique ukrainienne) – Rome

Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk – Archevêque Majeur 

Gloire à Jésus-Christ !

Chers frères et sœurs en Christ ! 

Nous sommes aujourd’hui le jeudi 10 novembre 2022, et en Ukraine, c’est déjà le 260ème jour de cette terrible guerre à grande échelle, qui coûte chaque jour la vie à des dizaines de personnes, fait des centaines de blessés. On ne connaît probablement pas encore le nombre réel de ceux qui sont les victimes directes de cette guerre, notamment lors de la dernière journée.

Encore une fois, hier et cette nuit, de violents combats se sont poursuivis sur toute la ligne de front de l’Ukraine, en particulier, dans la région de Louhansk, à l’est de la région de Kharkiv, ainsi que dans la région de Donetsk. L’ennemi bombarde à nouveau nos villes et villages paisibles et, selon le rapport de ce matin, ces dernières vingt-quatre heures, environ 30 localités ont été touchées par l’armée russe, par divers types d’armes. Notre oblast de Mykolaïv, l’oblast de Zaporizhia et l’oblast de Dnipropetrovsk ont été touchés. Mais surtout notre attention et notre prière sont tournées vers la région de Kherson. Nous prions donc pour la libération de notre Kherson et de tous ceux qui y sont piégés au cœur des hostilités actives !

Mais aujourd’hui, debout devant la face de Dieu, nous remercions le Seigneur Dieu et les Forces armées ukrainiennes pour le fait que nous sommes vivants. Et aujourd’hui, nous voulons dire à l’Ukraine et au monde que l’Ukraine est debout ! L’Ukraine se bat ! L’Ukraine prie !

Aujourd’hui, je veux poursuivre avec vous nos réflexions sur la façon de panser les blessures de l’Ukraine. Comment pouvons-nous tous coopérer avec notre Seigneur et Sauveur, qui est le seul guérisseur et médecin de nos âmes et de nos corps. Comment pouvons-nous être Ses mains, qui aujourd’hui peuvent guérir les blessures de la guerre. En observant la dynamique de cette guérison des blessures, nous pouvons confirmer une autre réalité très importante : le corps humain n’est pas une sorte de machine, une sorte de mécanisme comme un ordinateur des plus efficaces. Le corps humain est le mystère de la présence d’une personne dans ce monde matériel visible. Et nous savons que chaque fois que nous touchons un corps humain, nous touchons une personne.

Parfois, aujourd’hui, alors que nous vivons constamment en contact avec divers types d’équipements et de technologies, nous ne comprenons pas pleinement la nature et le contenu de la souffrance humaine. Dans le monde moderne, en particulier dans le monde virtuel, la souffrance humaine, la blessure, la douleur, la maladie se transforment en un spectacle, un show. Tout le monde a été choqué par l’une des histoires récentes, lorsqu’une personne se noyait vraiment sur la plage, et que la plupart des gens, au lieu de la sauver, se sont levés et ont filmé ce phénomène de souffrance humaine sur leurs portables. Et l’homme s’est noyé.

Par conséquent, le mystère de la présence de la personne humaine, notre corporéité, ainsi que la psychologie associée de la souffrance, de la douleur, des blessures, nécessitent la présence d’autres personnes.

Une personne, quand elle souffre, est malade, quand elle est blessée, elle crie pour la présence de Dieu et d’un autre être humain. Ainsi, une maladie, une blessure peut être un moment très intense de recherche de l’autre. Parfois, dans notre souffrance, nous réévaluons vraiment nos priorités de vie. Et nous cherchons le Seigneur Dieu. Le moment de la souffrance, le moment de la douleur est aussi le moment d’une écoute particulière de la parole de Dieu, de la nécessité de cette parole de Dieu de l’Évangile du Christ, qui est force de salut pour tout croyant.

Parfois, celui qui dans sa douleur demande l’euthanasie dans le monde moderne – ce n’est rien d’autre que le cri d’une personne qui a été abandonnée. Lorsqu’une personne dans sa douleur, sa maladie, sa souffrance est abandonnée, elle perd le sens de son être. C’est pourquoi il est si important d’être aux côtés de la personne malade, pour l’aider à trouver le Seigneur Dieu présent à proximité. Nous disons que le moment de la maladie peut être un moment unique d’évangélisation. Une personne a besoin de la présence d’un médecin, de la présence d’un aumônier, de la présence d’une personne aimante. Et, « visiter les malades » est véritablement un acte de miséricorde très important, non seulement pour le corps, mais aussi pour l’âme de notre prochain. Au moment de la lutte dans la souffrance, une personne a plus que tout besoin de ressentir la chaleur humaine de quelqu’un qui se trouve à proximité. Alors tout devient différent. Alors cette personne obtient le courage et la force de surmonter sa maladie, de panser ses blessures. Le mystère de la présence d’une personne par le corps dans ce monde, au moment de la maladie, appelle la présence d’un autre.

Aujourd’hui, je voudrais particulièrement remercier tous ceux qui accompagnent jour et nuit nos personnes malades et souffrantes : notre clergé, nos aumôniers médicaux et militaires qui sont quotidiennement confrontés aux souffrances et aux conséquences indescriptibles de la guerre ; quand parfois, le principal type de service d’aumônerie consiste simplement à être là, à tenir la main, à souffrir avec. Notre société est appelée à apprécier profondément le travail de ceux qui sauvent des vies.

Que le Seigneur Dieu nous aide tous à être présents à côté de tous ceux qui souffrent et, par notre chaleur humaine, notre soutien, à témoigner de la présence du Seigneur Dieu, qui est crucifié une nouvelle fois dans le corps de l’Ukraine.

Je veux aussi vous inviter à écouter la parole de sagesse de notre métropolite Andriy Sheptytsky. En effet, nous voyons que même dans notre souffrance nous avons besoin des autres, c’est-à-dire que nous sommes un être social. Même notre santé peut être et est un bien commun. Le Métropolite Andriy parle du bien commun du peuple en ces termes :

« Toute la sagesse de la vie consiste à aimer ce qui est vraiment bon. Pour aimer le bien. Et celui qui pourrait ainsi n’aimer que le vrai bien serait l’homme le plus sage et le plus saint. Et le vrai bien est tout ce qui mène à Dieu. Et le bien le plus grand, le plus parfait et le plus inconditionnel est le Seigneur Dieu lui-même. Une telle personne, qui ne rechercherait que le vrai bien, aimerait Dieu par-dessus tout. Car Dieu est bon par-dessus tout, le plus grand bien de l’homme et pour l’homme. »

Ô Dieu, bénis l’Ukraine, bénis l’armée ukrainienne, aide notre armée, notre peuple à libérer notre patrie de l’envahisseur qui nous détruit. Ô Dieu, bénis notre patrie de Ta paix juste et céleste !

Que la bénédiction du Seigneur soit sur vous avec Sa grâce et Son amour pour l’humanité pour toujours et à jamais. Amen

Gloire à Notre Seigneur Jésus-Christ !

+ Sviatoslav